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Proches aidants par défaut | Le Devoir

Le vieillissement de la population et l’enjeu des proches aidants soulèvent toutes sortes de questions, notamment en matière de dignité et de droits de la personne. Des enjeux majeurs, mais peu évoqués dans les médias. On aborde ici la question de front avec le professeur et chercheur Patrik Marier, de l’Université Concordia.Êtes-vous un proche aidant ? Spontanément, à moins que vous viviez une situation très lourde, il est fort possible que vous répondiez non. Pourtant, en réfléchissant un peu, vous risqueriez de prendre conscience que oui, vous en êtes un. Par exemple, si vous faites souvent des courses pour votre mère vieillissante, ou si vous vous occupez des finances de votre grand-oncle. Si c’est le cas, donnez-vous toujours votre temps de plein gré ou y êtes-vous parfois contraint faute de pouvoir obtenir les services autrement ? « Les services publics au Québec comblent moins de 10 % des besoins des aînés en perte d’autonomie, puisqu’ils fournissent en fait très peu de soins non médicaux », explique Patrik Marier, professeur au Département de science politique de l’Université Concordia et directeur scientifique du Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGES). « Si on se compare aux autres pays de l’OCDE, le Canada est au bas de l’échelle en matière d’offre de soins non médicaux et, au Canada, le Québec est l’une des pires provinces », ajoute-t-il. Dans ce contexte, le rôle des proches aidants est crucial, et ils sont d’ailleurs nombreux. Mais comme plusieurs proches aidants n’ont pas conscience de leur statut, les statistiques officielles représentent souvent la pointe de l’iceberg. « Tout de même, dans une enquête de 2012, 28 % des Canadiens avaient affirmé avoir fourni de l’aide à un proche dans la dernière année », ajoute le professeur. L’organisme L’Appui pour les proches aidants d’aînés estime pour sa part que près de 370 000 proches aidants au Québec offrent cinq heures et plus de soutien par semaine à une personne aînée. Pour les chercheurs du CREGES, la situation actuelle des proches aidants en est ni plus ni moins une d’atteinte aux droits de la personne. « Les proches aidants devraient être libres de l’être ou non, cela ne devrait pas être un choix imposé », affirme M. Marier, également titulaire de la Chaire de recherche sur le vieillissement et les politiques publiques. Acheter sa liberté Actuellement, la liberté pour les proches aidants est réservée à ceux qui peuvent se l’acheter. Et ils ne sont pas si nombreux à pouvoir le faire. Alors que les baby-boomers vieillissent, on constate qu’ils ne sont pas aussi riches qu’on peut le croire. « Le revenu médian des 65 ans et plus au Québec est tout juste au-dessus de 20 000 $ par année », indique Patrick Marier. Chez les travailleurs, ce n’est pas nécessairement plus évident. « Quelqu’un qui a un emploi stable avec de bonnes conditions de travail peut avoir une certaine flexibilité et payer certains services, peut s’en sortir assez bien, affirme Patrik Marier. Mais la situation est particulièrement alarmante pour quelqu’un avec un emploi précaire qui doit assumer énormément de tâches et qui n’a pas les moyens de recourir au privé. » Si la personne réduit ses jours de travail ou cesse de travailler pendant un temps pour s’occuper de son proche, elle se place dans une situation financière encore plus précaire. « D’un côté, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale fait des pieds et des mains pour garder le plus possible de gens en emploi en raison des coûts liés au vieillissement de la population, mais de l’autre, le ministère de la Santé et des Services sociaux laisse de plus en plus de tâches aux proches aidants », déplore Patrik Marier. Puis il y a la question de l’impact sur la famille. « Les baby-boomers affirment qu’ils veulent obtenir des services dans le public en vieillissant parce qu’ils ne veulent pas que leurs enfants deviennent des aidants, indique M. Marier. Lorsque l’enfant [de l’aîné] devient son aidant, il y a des conséquences sur la relation. C’est la même chose lorsque c’est sa conjointe qui devient son aidant. Ce n’est pas à négliger. » Pour un élargissement des services offerts Afin de mieux reconnaître et soutenir le travail des proches aidants, plusieurs solutions pourraient être envisagées. Notamment d’offrir davantage de soins et de services non médicaux. « Ils sont très importants pour pouvoir garder une personne âgée plus longtemps chez elle, dit-il. En ce moment, on laisse beaucoup ces soins entre les mains des proches aidants, du privé et des entreprises d’économie sociale. Pourtant, les pays qui ont davantage de succès avec leurs politiques de maintien à domicile sont ceux qui offrent le plus de services sociaux, incluant de l’aide pour les tâches ménagères. » Il constate notamment à quel point les travailleurs sociaux jouent un rôle important en matière de maintien à domicile. « Notamment pour coordonner tout le travail entre les différentes personnes qui sont touchées

Source : Proches aidants par défaut | Le Devoir

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